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Toulouse [patrimoine]
PATRIMOINE : Les façades de la Ville rose vont-elles perdre leurs couleurs ?
La Ville rose perd-elle sa couleur ?Depuis quinze ans, la ville dite rose a engagé un important effort de rénovation des façades dans le centre historique. Jaunes, ocre ou rouges, des couleurs auxquelles les yeux des Toulousains étaient peu habitués apparaissent. Evolution contemporaine, retour vers la tradition, effet de mode ? Toulouse, ne vois-tu plus la vie en rose ? |
 C’est au soleil couchant, quand les derniers feux de la journée viennent lécher la brique avec moins d’agressivité, que la ville se pare de ses plus beaux atours. La lumière, alors plus douce, révèle toutes les nuances de ce rose si particulier qui fait l’identité et le caractère de Toulouse. Depuis quelques années pourtant, des tons nouveaux viennent habiller nos plus vieux bâtiments et bousculent la prédominance du rose, en colorant le centre historique d’une palette à laquelle l’oeil des plus anciens Toulousains n’était pas habitué. Progressivement, le « rose sale » laisse la place à du jaune, de l’ocre ou même du rouge, parfois vif. Exemple révélateur, place de la Trinité. En une rotation à 90 degrés, le regard embrasse la brique blonde d’un magnifique immeuble récemment rénové et les couleurs chaudes et vives de l’Italie qui sont venues redonner à cette place tout son éclat. C’est de plus en plus visible, Toulouse change de couleurs. Ce rose dont nous sommes si fiers perdrait-il la face ? Sous l’effet des rénovations, nos plus anciens quartiers retrouvent-ils leur identité et leur lustre d’antan ou perdent-ils au contraire leur âme ? |
 PLUS DE 1 000 FAÇADES RÉNOVÉESDepuis une quinzaine d’années, la ville a engagé une grande campagne de rénovation des façades dans son secteur sauvegardé qui est d’ailleurs le plus important de France. Au sein de ces 250 hectares, plus de 1 000 façades ont pu être ravalées. Laissées à l’abandon depuis trop longtemps, leurs matériaux ternis ne laissaient apparaître que des enduits dégradés et noircis. Quant aux bâtiments, menacés par les infiltrations et la pollution, ils laissaient leur brique s’abîmer dangereusement. « Ce patrimoine collectif appartient à l’ensemble des Toulousains, il fallait le remettre en valeur à la fois pour embellir la ville et protéger les bâtiments, explique Michèle Claux, adjointe au maire, chargée de ce dossier. C’est un chantier considérable que nous poursuivrons, une reconquête du vieux Toulouse que nous menons avec les propriétaires. Ils doivent comprendre qu’une façade est une matière vivante qui s’entretient comme une oeuvre d’art. » Depuis le début de l’opération, la ville a consacré 2,5 millions d’euros pour plus de 260 000 m2 de façades rénovées. Pour les propriétaires, l’effort est également important puisque les subventions de base ne s’élèvent qu’à 10%. Mais ils sont contraints par la loi de remettre en état leurs façades tous les dix ans. « Cela demande beaucoup d’information et de concertation, précise Michèle Claux. Une rénovation, c’est lourd et complexe. Nous avons créé un guichet unique afin d’accompagner au mieux ceux qui font l’effort de rénover. Tout cela se fait en fonction de règles précises et une palette de couleurs réalisée en lien avec les Bâtiments de France qui encadrent ces opérations, suivent les chantiers et donnent leur accord sur les choix des matériaux et des couleurs. » |
 LE VISAGE ORIGINELLe gardien du temple, c’est l’architecte des Bâtiments de France. C’est de lui finalement que dépend la coloration de la ville. C’est lui qui autorise ou refuse certains projets qu’il ne juge pas en phase avec la tonalité générale. Choix subjectifs ? « L’archéologie du bâtiment est une science exacte, affirme Eric Radovic, responsable du Service départemental de l’architecture et du patrimoine. En fonction de l’époque, nous essayons de redonner à un bâtiment l’image qu’il aurait pu avoir au moment de sa construction. En tenant compte de l’ensemble des éléments (menuiseries, ferronneries, décors), de son environnement, de la perspective. Chaque cas est particulier mais doit s’insérer au mieux dans un contexte à la fois urbain et historique. » Matériau issu de l’argile du pays, la brique constitue la base de nos immeubles depuis plus de cinq siècles. Blonde ou rouge, cuite ou crue, nue ou recouverte de vieux enduits, elle ne se travaille pas et ne se rénove pas de la même façon. D’autant que la fabrication artisanale ne permettant pas une cuisson homogène, les meilleures briques d’un coût élevé étaient souvent réservées aux décors. Les parties courantes étaient destinées à être enduites. Un badigeon venait ensuite régulariser leur aspect ou modifier leur couleur. |
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